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Etoiles Montantes
UP! Music n°1 - avril 1999 - article de Laurent Erre

Ce jour-là, Stuart Cable (batterie) est d'humeur à déconner. A ses côtés, Richard Jones (basse) attend patiemment qu'on l'interroge. Quant à Kelly Jones (guitare et chant), il prend ses marques, les pieds en l'air contre le mur, une petite cuillère dans la bouche, genre morse. Pas de doute, les Gallois savent que leur nouvel album fleure bon le succès. Et ce n'est pas le fait du hasard, ni de la magie comme l'explique Kelly : "Nous récoltons les fruits d'un important travail. L'album est plus riche, moins intimiste que Word Gets Around. Personne ne nous a mis la pression ou ne vérifiait notre productivité et, tranquillement, nous allions en studio entre deux concerts, alors que notre popularité grandissait peu à peu. Ca nous a changé et je pense que tu peux ressentir cette maturité dans cet opus. Apparemment les choses s'annoncent bien ici, tout comme en Allemagne". Kelly saisit la table : "Je touche du bois ! Les Français sont plus expressifs sur leurs goûts. Par contre, on ne sait jamais réellement ce que les Anglais pensent ! Al Clay, qui a bossé avec Del Amitri, nous a apporté un mixage vraiment dynamique", rajoute Kelly, "plus précis également. Le son est moins amateur et cela nous ouvre des perspectives plus internationales."

Mondialistes
Ainsi, Performance And Cocktails brasse subtilement le mélange électrique-acoustique, un exercice de style qu'intègre parfaitement le combo, sans pour autant l'exploiter assez, selon le chanteur : "On a déjà fait quelques shows en acoustique, comme en Thaïlande. J'adore ça. Sans doute parce que j'écris nos chansons de cette façon, en m'inspirant des gens autour de moi ou des musiques qu'on écoute. Je ne suis pas du genre à réfléchir sur un sujet, le déclic se produit n'importe quand, n'importe où et fait naître en moi comme une explosion de sentiments. Notre souhait serait que MTV nous demande de participer à une session unplugged." Un contraste parfait avec la mini-révolution électronique qui sévit non loin de chez eux, à Bristol. "Bristol est l'épicentre d'une secousse musicale qui a gagné petit à petit la scène londonienne. Des artistes comme Massive Attack ont réussi à créer un leitmotiv pour pas mal de musiciens, en faisant éclater une nouvelle génération de groupes. De plus en plus de gens s'y mettent, car la technologie offre la possibilité de s'éclater rapidement." Kelly enchaîne : "J'ai une préférence pour l'ambient, mais ça me file le cafard."

On imagine sans peine que cette notoriété toute neuve doit titiller leurs confrères, voire faire des envieux : "On s'en tape", balance Stuart, "nous menons notre barque comme on l'entend et du mieux que l'on peut. Nous assumons notre emploi du temps et travaillons dur, alors que certains autres groupes feraient la gueule parce qu'il faut rencontrer tel journaliste à Paris, partir dès le lendemain pour une autre région, et tourner un clip entre temps." Les Stereophonics sont des bourreaux de travail, concentrés sur leur carrière, passant avec brio d'un auditoire entassé dans un pub au gigantisme américain. Ce qui ne garantit pas leur popularité et rend Stuart perplexe quant à la masse d'efforts fournie au cours des quatre semaines en bus, à sillonner les USA : "Le plus dur, là-bas, est de percer. Tu n'as pas autant de presse qu'ici et tu dépends trop des radios ou de MTV. C'est effrayant d'imaginer que tout tes efforts peuvent être anéantis uniquement parce que tel média détient le monopole de l'industrie musicale."

Humanistes
"C'est formateur de voir comment les différentes cultures réagissent à nos chansons", explique Richard. Cet échange procure au trio un bien-être, une sorte de retour aux sources qui leur rappelle qu'il n'y a pas si longtemps, ils faisaient partie du public. Une obsession de en pas vouloir attraper la grosse tête qui se traduit par des dédicaces auprès des fans (créant une émeute au Virgin de Cardiff) ou par une collaboration à leur fanzine Stereoline. "C'est important pour nous de consacrer du temps à nos fans", dit Stuart, "de montrer que nous sommes accessibles. Il faut savoir être reconnaissant envers ceux qui viennent te voir en concert et apprécient tes chansons. On ne se considère pas comme des stars." Il ajoute : "Je déteste serrer la main de mecs que je ne connais pas ! Notre maison de disques ne pratique pas le bourrage de crâne et nous laisse le choix d'aller ou non aux soirées promo." Kelly tient à équilibrer le propos : "On ne crache pas dans la soupe, mais on préfère faire des rencontres aux moment opportun. Tu as déjà essayé de discuter de foot quand t'es bourré ? C'est pas possible, ça tourne toujours mal ! Là, c'est pareil." Stuart sourit : "L'équation alcool plus business, c'est contre nature !"

A des années-lumière du strass londonien, les Stereo s'activent à peaufiner leurs titres en concert, tout en s'octroyant le luxe de faire un duo avec le groupe français Dolly. "On m'a envoyé le projet que j'ai aussitôt aimé", raconte Kelly, "ensuite, Manu et moi avons planché sur les textes avant de mettre au point le duo, enregistré en deux prises dans un studio près de Paris." Enfin, un groupe qui reconnaît volontiers le talent des frenchies, reléguant aux oubliettes l'image réductrice du bouffeur de grenouilles. Le cliché fait marrer Stuart : "Je te jure que je ne me moque pas. J'aime bien Melville aussi, son album assure. " Richard développe : "Le rock français n'est pas bien exporté. On entend davantage parler les rappeurs, tout comme chez nous. Le constat est encore plus flagrant quand tu regardes MTV à l'étranger." Au même moment, la radio de l'hôtel passe "La Boîte De Jazz" de Michel Jonasz. Stuart et Richard entament d'une voix de baryton un choubidou wap doubidou wap en claquant des doigts. Kelly déclenche alors l'hilarité générale en lançant : "J'adore, quel style ! Tu sais , c'est juste une question d'entraînement", conclut-il, "cela remonte au temps où, ado, je chantais des chansons de Led Zep. Certains pensent que je me suis bousillé la voix, mais c'est faux."

En attendant, il faudra patienter jusqu'en avril pour apprécier les performances de ce trio décoiffant, en route pour une tournée qui les entraînera à travers leur pays, puis en France (ils sont à l'Olympia le 10 mai), avant de repartir vers l'Australie et le Japon.


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