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Les sales cabots de la pop galloise
Guitar Part n°62 - mai 1999 - article de S.Salazar

Difficile de s'appesantir sur le passé, quand la vie s'emballe, s'affole et vous amène aux quatre coins du monde. Chez les Stereophonics, on est passé à la vitesse supérieure, entre concerts et cocktails, comme l'indique le titre de leur nouvel album chez V2. Kelly Jones : "Le premier album parlait des petites histoires liées à notre ville natale, de cuites; celui-ci est un peu plus personnel. Il est en rapport direct avec ce qu'on a vécu ces trois dernières années. On a beaucoup voyagé et fait des choses différentes, on a mûri de dix ans en peu de temps."

Ainsi, Performance And Cocktails se présente un peu comme un carnet de route. Entre autres évocations, l'étape new-yorkaise. "Je croyais que j'allais être impressionné, choqué, même, mais j'avais déjà tout vu à la télé et je n'ai donc pas été impressionné du tout. Tu vas t'acheter un hamburger et tu te retrouves dans le resto où a été tournée une scène de When Harry Met Sally ; tu vas boire un coup et tu te retrouves dans le décor de Raging Bull. Tu as sans cesse cette impression bizarre de déjà vu. Les choses ne sont jamais comme on les attend. Pick A Part That's New a été écrite à New York. Je n'arrivais pas à dormir, je me suis levé à six heures du matin et je l'ai écrite sur une acoustique."

Malgré ce nouveau train de vie, les Stereophonics résistent relativement bien à la tentation de la rock star attitude; à quelques exceptions près : "Surtout, ne le dis à personne." Sûr. Ca reste entre nous. On ne parlera pas des chambres d'hôtels mises à sac. "On en a abîmées quelques-unes. On essaie de séparer nos vies privées de la musique. Je ne tiens pas à ce que les gens sachent de quoi est faite ma vie privée. On fait de la musique et on se produit sur scène, mais on n'a pas du tout envie de se retrouver régulièrement dans les colonnes "potins" des magazines". Soudain pris d'un éclair de lucidité, Stuart Cable, le batteur du trio, ajoute : "Il n'y a rien de bien nouveau là-dedans [en parlant des chambres d'hôtels], ça a été fait et le lendemain, tu te sens plutôt mal..." Et Kelly d'enfoncer le clou : "On s'est parfois comporté comme de véritables crétins, mais le lendemain, c'est vrai qu'on ne se sent pas à l'aise dans ses baskets. Mais bon, faut bien rigoler un peu. On dira que c'est la faute de l'alcool. C'est pas moi, c'est mon thé."

La vraie tasse de thé des Stereophonics, ce sont les songwriters de talent, dont ils s'inspirent en ajoutant une touche d'AC/DC attitude dans leur musique. "Comme son nom l'indique, un songwriter écrit des chansons, de bonnes chansons. C'est-à-dire de bonnes mélodies, avec des paroles dans lesquelles on peut se reconnaître. J'aime les gens qui ont une certaine constance, qui continuent à écrire, comme Bob Dylan, Neil Young, Ray Davies... Et Elliot Smith aussi. Des choses qui ne sont pas datées, qui sonnent aussi bien maintenant qu'à l'époque où ça a été enregistré. La musique des 80's, par exemple, est totalement ridicule aujourd'hui. Quand tu écoutes Otis Redding, c'est aussi bien qu'au premier jour, mais on ne peut pas en dire autant de la musique des années 80. La technologie a très vite rendu cette musique obsolète, alors qu'avec des instruments authentiques, le son sera toujours bon. C'est ce qu'on essaie de faire." Les gallois se méfient donc des modes, sans être passéistes pour autant. "On confond souvent techno et progression musicale. Attention, il y a quand même de bonnes choses, comme Fatboy Slim, Chemical Brothers ou The Prodigy par exemple. Mais je crois aussi qu'une bonne part de ce qui se fait aujourd'hui sera très tôt daté comme ça a été le cas pour beaucoup de productions 80's. En ce qui nous concerne, on restera toujours fidèle à notre style. C'est cyclique aussi. Le rock est à la mode, disparaît un peu, puis revient sur le devant de la scène... Toutes ces conneries sur la mort du rock, je n'y crois pas une seconde. Il y aura toujours des gens pour écrire de bonnes chansons. Quant à l'industrie musicale, elle a toujours ses coups de pub, ses boys bands, ça a toujours été comme ça."

On peut cependant imaginer que Fatboy Slim sera tout aussi daté que ses confrère dans quelques années... "Oh, ça fait quinze ans qu'il est dans le business, il saura quoi faire", lance Stuart, l'air de pas s'inquiéter pour le Norman Cook. "Et puis c'est un bon coup." Ah, Kelly Jones nous éclaire : "C'est une animatrice radio qui a dit ça en Angleterre : "sa musique c'est de la merde, mais lui, c'est un bon coup."" Le journalisme radio se passerait bien de commentaires. Mais Stuart se sent très en veine quant aux rapports entre hommes et femmes dans le business musical : "Si j'étais une femme, je ferais comme Patsy Kensit : je me marierais avec une rock star richissime, puis je divorcerais et je partirais avec 60 millions de livres pour ma pomme." Stuart se sentirait-il une âme de prostituée ? "Tout le monde le fait, non ? Ne me dis pas que Patsy Kensit a épousé Liam Gallagher pour sa belle gueule, parce que c'est un épais connard !" On a envie d'en savoir plus. "C'est parce qu'il a plein de pognon et qu'elle vient d'un milieu modeste. Pas parce qu'elle l'aime. Les femmes ont ce pouvoir, elles peuvent manipuler les hommes, c'est très facile pour elles. La plus grosse faiblesse des hommes, c'est la "sexy woman". Un mec lui donnera tout ce qu'elle veut." Kelly confirme : "Il suffit qu'une belle fille entre dans une pièce pour que tous les mecs qui sont là se comportent comme des gamins." Et le bassiste Richard Jones, qui s'était tu jusque-là enfonce le clou avec une touche de poésie : "Les hommes sont des chiens et les femmes sont des chats. Un chien, c'est con : ça ne pense qu'à courir et à se lécher les couilles." Ca me rappelle une bonne blague : vous savez pourquoi les animaux se lèchent les couilles ? Non ? Parce qu'ils le peuvent ! Mais un des trois clébards de Cwmaman, Stuart, ne va pas tarder à se faire vermifuger : "Je vais me marier. Avec une salope qui va me prendre tout mon fric ! (rires généralisés) Non, je rigole." De toute façon, il s'adresse à un canard français; peu de chances que sa femme tombe dessus.

Une fois passée la rigolade, revenons à la musique, et à leur collaboration avec les Nantais de Dolly sur le single Sometimes. Kelly Jones : "Ils m'ont téléphoné pour une collaboration", explique Kelly. "En fait, ils voulaient Thom Yorke mais il n'était pas disponible, c'est pour ça qu'ils m'ont contacté. Ils m'ont demandé d'écrire mes propres paroles, eux ont écrit la musique. On s'est retrouvé en studio à Paris, on a fait deux prises, et voilà. C'est une bonne chanson. J'aime bien faire ce genre de choses, rencontrer d'autres musiciens." Et, accessoirement, travailler son français, comme il l'a fait avec Manu : "Elle m'a écrit les paroles phonétiquement. Je ne savais pas que j'allais chanter en français, c'est une idée qui est venue plus tard." Et son anglais à elle ? "Elle ne parle pas trop bien, comme les autres membres du groupe d'ailleurs. Le batteur Thierry, lui, ne parle pas un mot d'anglais. Ca a été parfois un peu difficile de se comprendre." Un détail, à en juger par la force immédiate de Sometimes. Preuve qu'on peut s'accommoder des barrières de la langue, dès lors que la musique est inspirée.


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